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«Ils ont laissé passer des occasions en or»… Vers une introduction en Bourse peu fringante pour Shein, avec une valorisation d'à peine 25 milliards de dollars ?

Aujourd'hui à 11:26
Shein se dirige vers une introduction en Bourse a minima

(BFM Bourse) - Le spécialiste de la mode jetable, qui doit prochainement débarquer à la Bourse de Hong Kong, ne pourrait valoir qu'entre 22 et 25 milliards de dollars selon les calculs de Bloomberg Intelligence, une fourchette bien éloignée des chiffres qui circulent actuellement.

L'arlésienne va finalement prendre fin. Le spécialiste de la "fast-fashion" (la mode jetable) Shein prépare actuellement son introduction à la Bourse de Hong Kong, mettant fin à un feuilleton long de près de trois ans.

Avant d'opter pour Hong Kong, le groupe chinois s'était fait recaler à New York puis à Londres, à chaque fois pour des questions réglementaires. Dans le premier cas, les autorités boursières américaines avaient froncé des sourcils. Dans le second, Shein avait obtenu les autorisations de la Financial Conduct Authority (FCA), le gendarme britannique de la Bourse, pour pouvoir entrer sur la cote londonienne. Mais le feu vert de la Commission chinoise de régulation des valeurs mobilières (CSRC) n'est lui jamais venu.

Ce long processus a-t-il privé le groupe de la fenêtre de tir optimale pour débarquer en Bourse ? Les estimations de Bloomberg Intellgence, la division de recherche de l'agence de presse, suggèrent clairement que oui.

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Une année 2026 compliquée

Ses analystes considèrent que la valorisation de Shein s'échelonne entre 22 et 25 milliards de dollars, correspondant à 13 à 15 fois le bénéfice net projeté pour 2027, à savoir 1,67 milliard de dollars.

"Cette valorisation reflète la position atypique de Shein, à mi-chemin entre une plateforme de commerce électronique liée à la Chine et un détaillant mondial de mode éphémère doté d'une chaîne d'approvisionnement conçue pour s'adapter rapidement à l'évolution des tendances de consommation", développe Bloomberg.

Les auteurs de l'étude expliquent prendre 2027 plutôt que 2026 car cette dernière année s'avère exceptionnellement douloureuse pour les comptes du groupe de fast-fashion, en raison de l'impact des droits de douanes aux États-Unis et des répercussions sur sa chaîne logistique du conflit au Moyen-Orient.

En juillet, Shein avait publié un prospectus d'introduction à la Bourse de Hong Kong montrant que le groupe avait vu son bénéfice chuter de 39% à 2,06 milliards de dollars en 2025 contre 3,36 milliards de dollars en 2024.

Sur les trois premiers mois de 2026, le groupe a même accusé une perte de 99 millions de dollars contre un bénéfice de 395 millions de dollars un an plus tôt.

La société a expliqué avoir pâti des coûts liés à la fin des exemptions "de minimis" aux États-Unis. Jusqu' à l'an passé, les colis d'une valeur inférieure à 800 dollars bénéficiaient d'une exonération de droits de douane. La fin de cette exemption a logiquement frappé Shein, dont le modèle reste de proposer des vêtements à prix cassés.

"La suppression de l'exemption 'de minimis' aux États-Unis a eu un impact négatif sur nos ventes dans ce pays et sur la croissance globale de notre chiffre d'affaires net, et a contribué à une augmentation de nos frais d'exécution des commandes en pourcentage du chiffre d'affaires net, même si nous avons depuis observé des signes de normalisation du comportement d'achat des consommateurs et des tendances des ventes aux États-Unis", développait alors Shein.

Selon Euromonitor cité par Royal Bank of Canada, la part de marché de Shein a stagné l'an dernier aux États-Unis.

De même, l'Europe, qui représente un tiers des revenus de Shein, a décidé d'introduire au 1er juillet une taxe de trois euros sur les colis dont le prix est inférieur à 150 euros.

La bonne fenêtre de tir est passée

Cette valorisation d'un maximum de 25 milliards de dollars retenue par Bloomberg Intelligence marquerait, si elle se vérifiait, une nouvelle étape dans la dégringolade qu'a connue la société ces dernières années.

Une levée de fonds réalisée en 2022 évaluait la société autour de 100 milliards de dollars selon plusieurs médias américains, avant de redescendre à 66 milliards de dollars lors d'une autre opération de ce type en 2023.

L'agence Reuters a récemment rapporté que Shein visait une valorisation comprise entre 30 et 40 milliards de dollars dans le cadre de son introduction en Bourse, qui devrait avoir lieu ce mois d'août tandis que Bloomberg relate que plusieurs investisseurs "poussent" pour une introduction en Bourse à 30 milliards de dollars.

Les analystes de Bloomberg Intelligence estiment qu'une fourchette de 30 à 40 milliards constituerait une valorisation exigeante pour la société chinoise.

Shein doit également être évaluée en partie en tant qu’exportateur chinois, considèrent-ils par ailleurs. Sa chaîne d’approvisionnement est concentrée en Chine continentale, tandis que la majeure partie de ses bénéfices est générée à l’étranger, ce qui expose l’entreprise aux coûts de transport, aux droits de douane et aux exigences réglementaires propres à chaque marché, rappellent les auteurs de l'étude.

Dans tous les cas, il semble bien que Shein a raté le bon train. "L'entreprise a manqué le moment idéal pour entrer en Bourse", a déclaré à CNBC William Ma, directeur des investissements chez GROW Investment Group.

Les investisseurs et les consommateurs ne se montraient plus aussi enthousiastes qu'auparavant à l'égard de cette enseigne de mode ultra-rapide, a expliqué, également au média américain, Shaun Rein, directeur général de China Market Research Group: "En attendant, ils ont laissé passer des occasions en or", regrette-t-il.

Stifel notait de son côté la croissance de Shein, encore très vigoureuse il y a peu, a ralenti à 1% au premier trimestre 2026, en raison à la fois de la fin des exemptions "de minimis" mais aussi de l'arrivé à maturité de la mode très éphémère et des pressions exercées par son concurrent chinois Temu.

"L'entreprise, qui perd actuellement de son élan de croissance, a diversifié son modèle économique, mais peine à internationaliser sa chaîne d'approvisionnement en dehors de la Chine", résumait Stifel.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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